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Le logis de l’Hôpiteau à Bords (XIXème)

Historique et description

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Cadastre du lieu en 1826


Le logis construit en bordure de la Charente sur un terrain inoccupé se trouve au lieu dit l’Hôpiteau, « Grand et Petit Hôpital » sur le cadastre de 1826.Ce site tient son nom d’une commanderie de templiers fondée par Aliénor d’Aquitaine qui assurait l’accueil des voyageurs, notamment des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle pour leur permettre la traversée de la Charente dont elle détenait le péage. Leur chapelle qui a conservé un clocher-mur du 12 siècle, se trouvait sur la rive gauche du fleuve. Une léproserie aurait été aménagée dans les bâtiments.

Carte postale ancienne du logis de l'Hopiteau. Photographie prise du parc.
Carte postale ancienne du logis de l’Hopiteau. Photographie prise du parc.

Le commanditaire de ce logis construit, vraisemblablement au milieu du 19ème siècle, n’est pas connu mais on peut supposer qu’il s’agit de M. Louis GAURON, notaire à Nantes mais ayant une propriété à L’Hôpiteau. Bienfaiteur de la commune, il est mort en 1873 à l’âge de 63 ans. Dans la première moitié du 20ème siècle on y trouve Jean GENERAUD puis les MEYER DE WITT, propriétaires également du château du Douhet.

Les élévations principales nord et sud de la maison ainsi que la partie centrale surélevée sont construites en pierre de taille de Crazanne, les élévations latérales sont en moellon enduit. Les bâtiments de communs sont en pierre de Saint-Savinien.

Le logis est entouré de bâtiment de communs l’enserrant de très près autour d’une petite cour. Le bâtiment d’entrée abrite le porche dont le portail extérieur est entouré de bossages et dont la corniche du toit côté cour est soulignée d’un lambrequin en tôle. Des resserres et un garage encadrent l’entrée. Deux courtes ailes en retour d’équerre percées chacun d’une porte et de deux fenêtres servent de petits appartements. Du côté est, un chai et une construction neuve abritant une piscine viennent s’appuyer contre cette aile.

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L’entrée du logis de l’Hopiteau à Bords

Les deux façades du logis sont semblables. Un étage carré surélevé se développe sur sept travées de baies. Un perron de sept marches conduit à l’élévation sur cour tandis qu’un escalier de neuf degrés délimité d’un mur, permet d’accéder à l’étage noble du côté sud. Le corps central en léger débord, large de trois travées s’élève sur un étage supplémentaire. Les parties basses du logis sont recouvertes de toits terrasses sous une couverture en plomb tandis que le corps central et les communs sont recouverts de tuiles courbes.

Le corps central est sommé d’un fronton triangulaire percé d’un oculus semi-circulaire et d’une horloge sur l’élévation sur cour. Les fenêtres sont ornées de garde-corps en fer forgé. Trois portes-fenêtres ouvrent le rez-de-chaussée de cette partie. Des pilastres soulignent les travées de l’avant-corps et les angles. Les huisseries toutes semblables, sont dotées de volets en pitch pin de couleur grise qui se replient dans l’épaisseur de l’ébrasement.

A l’intérieur, le rez-de-chaussée surélevé et le sous-sol à moitié enterré s’ordonnent autour d’un couloir axial qui donne accès à toutes les pièces ou caves. Le logis comprend un escalier tournant en bois placé sur le côté du vestibule au nord ajouré d’arcades. Il conduit du rez-de-chaussée aux chambres de l’avant-corps. Un second escalier de service part d’une ancienne cuisine dans la pièce nord ouest du soubassement pour accéder à la cuisine actuelle.

La pièce la plus remarquable est la salle à manger donnant sur le parc. Le sol est en pierre blanche et cabochon d’ardoises alors que les autres pièces ont des planchers. Les murs sont décorés d’un panoramique en grisaille en assez bon état constitué de dominos représentants diverses scènes de chasse, de port et d’une turquerie.

Cette dernière scène est identifiée dans les catalogues du musée des Arts Décoratifs. Son titre est incertain. Appelée au 20ème siècle, Camp turc ou Camp arabe, elle est très semblable au Paysage turc. Elle aurait été éditée par la manufacture Dufour, atelier parisien puis par Desfossé et Karth, Paris. L’édition  originale est datée vers 1815.

L’ensemble du parc est clos de murs construits sur pilotis. Le dessin des allées est celui d’une croix délimitant quatre parterres autrefois bordés de végétation et remplis de rosiers. On y trouve maintenant une bordure de pierre et à l’intérieur, des peupliers des fruitiers, un Kaki, un magnolia et une Ilang Ilang sur une simple pelouse. Le sable des allées ne peut guère résister à la submersion des grandes marées depuis la construction du barrage de Saint Savinien. Le centre du parterre est ponctué d’un bassin circulaire. Ce parterre se déroule au pied d’une terrasse reliant deux pavillons, haute de 2m 50 et devant les murs de laquelle poussent des rosiers et des lauriers. A l’est, du logis, le terrain étant accidenté, une partie de la terrasse repose sur un portique constitué de sept colonnes doriques monolithes.

Les deux pavillons abritent une chapelle (pavillon est) et un petit salon de musique (pavillon ouest) avec en soubassement une citerne pour servir de château d’eau. Au pied du pavillon est, se trouve une serre recouverte de verres en écaille.A proximité du logis se trouvent deux platanes de plus de trente mètres de haut.

L’escalier double qui conduit de la terrasse au parterre abritait une volière dont on pouvait alimenter les oiseaux depuis une trappe en pierre placée sur la terrasse du dessus. Cette volière est ajourée de trois arches en plein cintre. La terrasse est longée d’un garde-corps en fonte à motif de losange dans le style Directoire, identique aux autres ferronneries de la maison. Elle est reliée à des balustres sommés de pots-à-fleurs en fonte.

Synthèse historique et architecturale

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Vue aérienne de l’emplacement du logis de l’Hopiteau au bord de la Charente

Le logis de l’Hôpiteau construit au milieu du 19ème siècle est une construction de style néo­classique de petite taille mais ou chaque élément s’inscrit dans une sorte de théâtralité. Le logis est traversé de part en part en une parfaite symétrie, par une perspective qui débutait au nord par une allée de chênes (abattus il y a peu, ils se trouvent sur une parcelle qui n’appartient pas aux propriétaires actuels du logis), pour se poursuivre au-delà du parc au sud, depuis une trouée dans les arbres, de l’autre côté de la Charente. Par ailleurs, les étagements successifs aménagés dans le parc permettent de poser comme sur un socle le logis grâce aux jeux de terrasses ornées d’un nymphée et de pavillons et à la surélévation du logis lui-même. Ainsi, malgré sa taille modeste, le logis, par sa position dominante au-dessus du parc, et par les artifices de la composition, donne l’impression d’une certaine monumentalité.

Cette architecture à la fois sobre et savante se retrouve dans les logis de cette période souvent entourés d’un jardin mais semble ici particulièrement soignée.

Si l’on a quelques exemples d’architecture néo-classique dans le domaine religieux (églises saint-Vivien de Saintes, Saint louis de Rochefort, Saint Jacques de Lhoumeau à Angoulême), les logis de ce style sont relativement rares en Charente-Maritime et dans le reste de la région (on en voit un peu plus dans les Deux-Sèvres et notamment à Niort).

Source : Fiche signalétique d’inscription aux monuments historiques (2003) à consulter dans sa totalité ici